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Notre histoire
N
Par Hervé Anctil
Puis, nous avons poussé une pointe en Europe, chez les Cousins. Là, nous avons à notre tour découvert le « Nouveau Monde», celui de la pâtisserie, la vraie, la grande. Et nous avons salivé comme des enfants devant les profiteroles, les boules au rhum, le gâteau moka. Puis, un peu revenus de notre émoi, nous avons encore découvert les religieuses, les madeleines, le cannelé de Bordeaux, le nougat, les macarons, la dacquoise, j’en passe et des bien meilleures. Au début, nous étions incapables de nommer toutes ces splendeurs. Il fallait nous voir, rassemblés devant le comptoir de gâteaux tout occupés à commander, le doigt brandi comme un nez de pointer anglais : « Un comme ça, deux de ceci, trois de cela, oui celui-là, avec le crémage au chocolat ! » De pauvres analphabètes. Mais, nous avons appris. Et vite. D’autant plus que des immigrants sont venus s’installer chez nous, emportant avec eux leurs douceurs nationales : les Italiens le tiramisù et les gelati, les Autrichiens les viennoiseries, les Anglais les cakes et les muffins, les Méditerranéens les baklavas, les Latinos le dulce de leche, etc. Nous sommes devenus tout sucre et tout miel. Aujourd’hui, nos étagères débordent. Mais voilà : le dessert et la friandise sont mis au ban par les apôtres de la saine alimentation. Ces gens-là n’arrêtent pas de casser du sucre. En plus, ils ont choisi le pire moment pour nous faire la leçon : celui où nous venions à peine d’ouvrir le grand garde-manger des douceurs du monde. Bientôt, si on ne fait pas attention, on sera tous privés de dessert. Décidément, l’époque est trop injuste !
Pourtant, bien que la liste des desserts et friandises que j’ai connus hier soit courte, les plaisirs qui me reviennent le plus souvent en mémoire ont le goût du sucre. Souvenirs d’été : les casseaux de fraises, de framboises, de mûres et de bleuets qui se métamorphosaient en mousses, confitures, shortcakes et autres bagatelles. Souvenirs d’automne : les minots1 de pommes et les paniers de prunes qui se transformaient en pots de gelées, tartes et tartelettes. Souvenirs d’hiver : les corbeilles de beignes et de biscuits qui goûtaient Noël. Souvenirs du quotidien : le pouding chômeur, le Jell-O et la crème glacée la semaine, le gâteau au chocolat le dimanche. Souvenirs de carnaval : la pomme-caramel, qui m’avait tant fait saliver, puis tellement déçu (trop pomme, si peu caramel), la barbe à papa, rose comme la joue de Marie et fondante comme moi quand je la regardais. Ma carte des desserts s’est allongée depuis. Beaucoup ! Comme celle de tous les Québécois. Nous avons commencé à voyager, timidement d’abord,vers le sud. En Nouvelle-Angleterre, nous nous sommes empiffrés de cheesecake, de Boston cream pie et de brownies. Sans compter les confiseries et autres bonbons assortis dont les Américains sont passés
Les choses de LA VIE
Les petites DOUCEURS
La RND sera disponible dans les caisses Desjardins à compter du 25 août 2010.
ous n’avons plus aucun respect pour les desserts et sucreries. Dommage ! Cela arrive au moment même où nous venons à peine de découvrir des gourmandises dont, hier, nous ne soupçonnions même pas l’existence. Non pas que nos pères et nos grands-mères n’avaient pas la dent sucrée. Oh, que non ! Nos cabanes à sucre vibrent encore de leurs ribouldingues sucrières. Mais il ne faut pas confondre le sucre et l’art du sucre. Il y a loin du pet-de-nonne au sachertorte, du blanc-manger au Saint-Honoré. Et une galette à la mélasse ne donnera jamais un macaron.