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Entrevue Les Novateurs Nous joindreLes choses de la vie Accueil Dossier Abonnement Archives Les Novateurs Par Laurent Laplante
DOSSIER
Les places publiques sont vides. Les derniers occupants-résistants du square Zuccotti, à New York, ont dû quitter la place. Ailleurs aussi des groupements d’Indignés ont été délogés de leurs bivouacs urbains : à Vancouver, à Washington, à London, à Québec, à Burlington.
RND
Et puis ? Et puis rien. Les médias ont fermé caméras et micros, et la majorité des Indignés sont rentrés chez eux. Mais l’indignation, elle, n’a pas disparu. Elle ne passera pas comme une vilaine grippe. À quoi peut-on s’attendre, pour la suite ? Retour sur un mouvement qui n’a sans doute pas dit son dernier mot. S’INDIGNER, mais pourquoi ? Les Indignés ont amené sur la place publique un grand problème : le fait que l’argent soit contrôlé par quelques mains. Personne ne peut les contredire. Du coup, l’indignation devient normale et légitime pour quiconque n’admet pas qu’un club privé gère à son profit la richesse mondiale. Maintenant, que fait-on ? ls se disent indignés, mais ils réussissent mal à faire comprendre de quoi nous devrions tous et toutes nous indigner avec eux. Un large public confond toujours les Indignés avec les revendicateurs de tous poils qui s’agitent à longueur d’année. « Mais que veulent-ils ? demande- t-on. Ils vivent dans une société privilégiée, ils ont accès à une instruction avancée, à des services sociaux et à des soins de santé que nous envient la plupart des pays du monde... Ils devraient apprécier ce qu’ils ont avant d’en demander plus... ! » Le malentendu est opaque. La population est plus déroutée qu’agressive face aux Indignés. Beaucoup, en tout cas, s’étonnent de les voir rencontrer des sympathies presque partout. On ne sait pas trop ce qu’ils veulent, mais on sent qu’il doit y avoir quelque chose : si Québec et Oakland, New York et Montréal, Madrid et Portland brandissent des slogans apparentés et même identiques, ceci devient plausible : une seule cause est à l’origine d’une gamme d’effets semblables. D’abord, le diagnostic N’en déplaise aux gens qui les perçoivent comme des braillards professionnels, les Indignés n’ont qu’un souhait : condamner le déséquilibre économique de la société. Peut-être passeront-ils plus tard à des parcours minutieux, mais leur action a visé jusqu’à maintenant à marteler leur diagnostic : notre société est injuste et cruelle. Ce jugement abrupt, les Indignés le justifient à coups de constatations. Le fossé entre les riches et les pauvres ne cesse de se creuser. Le 1 % privilégié confisque chaque jour de nouveaux avantages, tandis que la masse des 99 % reçoit des miettes. Comme une coupe à blanc, le chômage dévaste les collectivités : plus de 20 % en Espagne, 9 % aux USA... L’instruction supérieure exige l’endettement des jeunes, mais les alumineries se gavent de cadeaux indécents. Les banques empilent les dividendes,mais le nombre de familles et d’enfants réduits aux banques alimentaires s’amplifie. Le coût du logement tarit les budgets modestes. Or, demandent les Indignés, que font les gouvernements ? Ils rescapent les pauvres fabricants d’automobiles et les prêteurs, mais haussent les coûts de l’électricité, de l’immatriculation, de l’impôt foncier. Les Indignés ne limitent pas leurs critiques au palier local ou même national. Eux aussi regardent la télévision et lisent les journaux. Eux aussi entendent les échos des indignations qui agitent le reste du monde. Ils savent que la portion authentique du Printemps arabe doit beaucoup à l’indignation d’êtres humains ignorés ou maltraités par les dictatures. Eux aussi confondent parfois protestation populaire et agitation entretenue de l’extérieur, mais ils sursautent quand ce sont les banquiers, les fabricants d’armes et les pétrolières qui chassent les gouvernements et non plus les citoyens. Ils ne connaissent qu’imparfaitement les motifs du renversement des gouvernants libyens, grecs ou italiens, mais ils savent que la démocratie a pesé moins lourd dans ces fracas que la gourmandise des possédants. Quand la rémunération moyenne des présidents de conglomérats britanniques tourne autour de 4 millions de dollars, leur indignation bout. La condamnation qu’ils répètent s’applique à tant de décors qu’on ne sait même plus qui, le premier, a dénoncé l’injustice ni où et quand le cri a d’abord retenti. Que veulent les Indignés ? Que l’on dise avec eux : « Cela n’a pas de sens ! Cela n’est ni juste, ni décent, ni humain. »
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